La richesse des autres 2011

Dans le prolongement direct des actions déjà initiées par la Maison des Passages dans le cadre du volet Culture du Contrat Urbain de Cohésion Sociale en 2009 (rencontre/débat « La dynamique du métissage et les passeurs de culture ») et 2010 (rencontre/débat « Quartier-monde, Ville-monde, comment vivre ensemble aujourd’hui »),
la Maison des Passages a organisé en 2011, toujours en partenariat avec la Mairie du 8ème arrondissement, un colloque sur les thèmes de nos identités et du récit national français :
« Histoire, Identité, Citoyenneté - La richesse des autres »

  • Une première soirée le 6 octobre : Identités et citoyenneté (la multiplicité des identités/ globalisation économique et identités/ droit à la différence et citoyenneté),
  • Et une deuxième soirée le 8 novembre : La construction de la France (les trous noirs de l’histoire française/ les guerres coloniales et les luttes pour l’indépendance : traitement dans les manuels d’histoire et dans la société en général).

C’est l’intégralité des interventions lors de ces deux rencontres qui est retranscrite dans ce livre, où se retrouvent donc mêlés psychiatre, écrivaine et écrivain, poète, élu local, anthropologue et historien, une diversité de paroles à laquelle la Maison des Passages est très attachée.



De quelle France parle-t-on ?

Introduction par Marcel Beauvoir


La France moderne a connu plusieurs mouvements migratoires qui ont tous modifié sa présence au monde, son récit national : l’exode rural, l’arrivée sur le sol français des populations étrangères venues participer à la construction économique de la France ou fuyant la misère, le rapatriement des populations des colonies dans leur diversité, l’accueil de réfugiés politiques…

La mémoire de ces diverses immigrations n’est pas complètement réalisée dans la France contemporaine. Des travaux sur les mémoires traversent l’ensemble de notre société. Le récit national français se modifie chaque fois que sont pris en considération des groupes qui en avaient été exclus : les paysans, les ouvriers, les femmes…. Aujourd’hui l’enjeu est de construire ensemble, dans une dynamique de « mémoire partagée » l’histoire de la France prenant en considération l’esclavage, la colonisation et la décolonisation. Le récit national doit se prolonger en prenant en charge ces mémoires et cette histoire.
Il ne s’agit pas de satisfaire des revendications mémorielles mais de comprendre les dynamiques historiques pour, comme le disait Frantz Fanon : « ne pas être esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères ». Il s’agit de faire l’histoire de tous les français, de dépasser le passé pour ne pas être assigné à une seule identité.
Cette fabrication de l’histoire concerne les mémoires de chacun mais nécessite également de reconnaître le travail de recherche déjà réalisé pour le partager. Cette fabrication de l’histoire interroge notre société dans ses institutions y compris scolaires. Elle interroge également toute la société car, lorsque que dans une histoire commune des conflits ne sont pas racontés, cela génère des frustrations, des crispations identitaires, des humiliations…

Si l’histoire a pour objet l’explication des causes des événements, la mémoire est l’ensemble de ce dont se souvient un individu ou un groupe. La mémoire est donc constitutive de l’identité. La complexité de l’identité est qu’elle est fondamentalement un assemblage de mémoires diverses, elle est une résultante. Cette résultante est l’Individu qui peut ainsi légitiment se reconnaître dans plusieurs identités. Cette multiplicité reconnue est le signe d’une « identité ressource » plus que d’une « identité limite ». Cette « identité ressource » c’est également savoir reconnaître soi dans l’autre, ce qui est différent de l’ouverture à l’autre. Ainsi se comprendre soi-même se fait d’autant mieux que nous le faisons avec le regard des autres, ce regard qui élargit notre façon d’être au monde.